DAUPHINE LIBERE : SECRETS DE LAMES

De la dentelle d’acier. Avoir un couteau de Charles Roulin entre les mains, c’est plonger dans une histoire où la lame devient une trame. Où l’oeil se promène entre les détails microscopiques de la scène. Chaque couteau a son récit. Il est souvent question d’animaux. D’éléphants, de lions, de buffles… Et comme dans une fable de La Fontaine, il y a de la malice dans ces couteaux, des messages cachés. Le travail de Charles Roulin, d’une minutie exceptionnelle, est unique au monde. À 84 ans, plusieurs fois 1er prix de salons internationaux comme ceux de Paris, Milan, ou Genève, il a été membre de la Guilde Américaine, de la Guilde Allemande, Maestro de la Guilde Italienne, et de la Bladesmith society USA. De la pêche à la mouche au couteau d’art Pour percer le secret de ces lames d’orfèvre, nous sommes allés à sa rencontre. Charles Roulin nous reçoit chaleureusement chez lui, en Suisse, à Lully, près de Genève. C’est ici, dans son modeste appartement, qu’il passe des heures dans sa “pièce-atelier”. « Il n’y a pas de secrets ! », nous répond- il en riant sous sa moustache. Juste un certain talent. Charles Roulin, c’est déjà à lui seul toute une histoire. Il n’a pas été toute sa vie coutelier d’art. Sa passion pour la coutellerie est née d’une drôle de coïncidence. Enfantée par un autre passe-temps, plutôt original : « Je suis un fanatique de pêche à la mouche ! Alors je me suis lancé dans la fabrication de cannes en bambou fendu », raconte-t-il. C’est ainsi qu’il fait la rencontre d’un grand collectionneur de couteaux et découvre la coutellerie artisanale américaine. C’est la révélation. « C’était si bien fait. Ça a été le coup de foudre. Et ça fait plus de 30 ans qu’il dure ! » Après avoir eu un atelier photographique dans Genève, l’autodidacte se lance pleinement dans le couteau. Il fait ses armes aux États-Unis avant de revenir en Suisse et de développer sa propre signature. « Quand j’étais enfant, je m’amusais à tailler le bois d’allumage du poêle à charbon de mon père. Je taillais des Indiens, des pirogues… Comme je dis souvent, le ver était dans le fruit. » « J’ai besoin de vivre avec mes couteaux pendant plusieurs mois » Charles Roulin confectionne ses pièces de A à Z. L’acier devient une sculpture en trois dimensions d’une finesse remarquable. Il commence par le dessin, puis creuse dans la lame toute une histoire. « Quand je commence une pièce, je me demande si ça va devenir ce que j’ai dans la tête. Parfois, l’histoire change. » Pendant des heures, toujours en musique avec Bach ou Brel en compagnons, parfois du flamenco, les yeux dans sa loupe binoculaire, Charles Roulin compose son conte d’acier à l’aide de fraises en tungstène. Pour les détails, les aiguilles ne mesurent pas plus de deux dixièmes de millimètre et se brisent régulièrement. Pour un seul couteau, l’artiste peut en utiliser 600 à 1 000. La confection des pièces, principalement des commandes de collectionneurs du monde entier, nécessite un à trois mois de travail. Charles Roulin y met une partie de son âme, une filiation entre lui et le couteau. « J’ai besoin de vivre avec eux pendant plusieurs mois. Et après, je peux les laisser partir comme un enfant qui arrive à l’âge de voler de ses propres ailes », explique-t-il. Enfant justement, Charles Roulin voulait devenir chirurgien ou chanteur lyrique. Il y a un peu des deux dans ses lames. La précision chirurgicale et la dramaturgie d’un opéra.

Ancien membre de : The Knifemakers Guild - USA - Deutsch Messermacher Guild - Allemagne - Maestro de la Corporazione Italiana Coltellinai - Italie
Distinctions  : 2019, Prix de la culture, Ville de Bernex, Bernex - 2012, Prix de l’Artisanat de Genève, Genève - 2002, Premier prix du Créa d'Or, GenèveDistinctions- 1997, Premier prix Colpo di Fulmine, Milan, Italie1996, Special Merit Award Knives Illustrated - 1995, Premier prix de la création, Lugano - 1994, Premier prix coup de coeur du couteau pliant, Salon du couteau de Paris (SICAC), Paris, France - 1992, Premier prix du couteau droit, Salon du couteau de Paris (SICAC), Paris, France -  1990, Premier prix du couteau droit, Salon du couteau de Paris (SICAC), Paris, France

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